Et si l’armée apprenait d`avantage aux femmes que les auditoires universitaires? Avec Catalina Roth
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Matthieu: Alors Catalina, dis-moi, t'es qui en fait ?
Catalina: Je pensais pas que t'allais ouvrir le bal comme ça. Ben, Catalina Roth, 33 ans, genevoise, pas de naissance par contre, je suis née au Salvador et j'ai un parcours assez varié puisque j'ai fait des études en lettres, ensuite j'ai fait du service militaire et maintenant ma principale expérience professionnelle c'est plutôt assistante de direction.
Matthieu: Et qu'est-ce qui te passionne dans la vie
Catalina: Il a beaucoup de choses qui me passionnent dans la vie. suis quelqu'un d'assez curieux. je dirais que... Pour le coup, la politique, m'intéresse beaucoup. Je ne dirais pas que c'est ma passion. Plutôt l'art qui me passionne, en général. Non, mais j'aime... Je ne sais pas si on peut dire qu'on en consomme, mais j'aime voir des pièces de théâtre, l'opéra, la musique.
Matthieu: L'art, tu fais de l'art?
Catalina: Et puis tout ce qui touche aussi à l'histoire évidemment puisque c'était mon premier champ d'intérêt et en particulier le Moyen-Âge et la littérature aussi.
Matthieu: une lettreuse quoi.
Catalina: Lettreuse à 100%. Oui. Mon rêve, ce serait de faire un métier qui me passionne, dans lequel ça m'embêterait pas de travailler jusqu'à ma retraite, qui serait suffisamment bien payé pour que je sois à l'abri du besoin, mais pas nécessairement que ça soit quelque chose qui m'aiderait à la richesse, mais simplement d'être à l'abri du besoin, toujours à un intérêt et qui soit porteur de sens.
Matthieu: C'est quoi ton rêve Et en concret, veut dire quoi ?
Catalina: En concret, l'instant, le job que j'ai identifié qui pourrait rentrer dans cette catégorie, ce serait un job de conseillère stratégique ou alors l'entrepreneuriat. Je suis assez persuadée qu'on s'ennuie jamais dans l'entrepreneuriat.
Matthieu: Je ne pas si c'est un très bon Work-Life Balance.
Catalina: Effectivement, ça c'est aussi important.
Matthieu: T'as joué au hockey sur Gazon avec ma cousine Marielle ? Juste. T'aimes le sport
Catalina: J'ai adoré le sport, et surtout le casse-sur-gazon, pense que j'en ai fait quasiment pendant 20 ans. J'ai adoré ce sport d'équipe et aussi ce que ça m'a permis d'apprendre professionnellement, puisque j'ai aussi travaillé pour mon club pendant un temps. Mais le problème du casse-sur-gazon, c'est que si on n'apprend pas bien la posture pour le jeu, on se fait vite mal au dos. Et donc, c'est entre autres pour ça que j'ai arrêté. Et d'une manière générale... J'aime assez le sport, mais en ce moment j'ai du mal à m'y remettre. Mais je pense que ça va revenir. Quelle horreur !
Matthieu: la patrouille glacée. pourquoi l'histoire médiévale ?
Catalina: Ça c'est une anecdote assez drôle, c'est un choix par, comment on dit, pas par défaut mais par… parce que j'ai pas pu faire ce que je voulais faire initialement. Quand je suis arrivée à l'université, j'avais mon petit plan dans ma tête hyper précis, déjà tout bien échelonné on va dire, je voulais faire de l'arabe et de l'histoire générale. Et puis je suis arrivée à la session d'information sur l'arabe. Et en fait, il y avait tout le temps des conflits avec les cours d'histoire, ce qui n'était pas du tout ce que je voulais. Et en plus, malheureusement pour lui, le professeur qui présentait, il avait l'air pas du tout passionné par ce qu'il faisait. Et du coup, je me suis dit, bon, je ne pas faire d'arabe. Je me rappelle très bien de moi dans cette pièce, cet immense auditoire toute seule, assise, train de remettre complètement en question tout mon plan de vie en me disant, mais qu'est-ce que je vais faire de ma vie finalement ? Je me suis dit, c'est quoi la séance d'information d'après ? Ça s'appelait Histoire et civilisation du Moyen Âge. Je me suis dit, puisque je suis ici, autant rester et on verra bien ce que ça donne. Et le professeur, c'était un monsieur très animé, vous voyez qu'il était vraiment passionné. Il avait l'air timide au premier abord, puis après, au fur et mesure, en parlant de sa discipline, il s'est animé. Et là, je me suis dit, en vrai, pourquoi pas ? Ça a l'air intéressant, lui, c'est sûr, il va donner des cours, donc let's go. Et voilà. Et c'est comme ça que je me suis retrouvée en faisant affaire de l'histoire générale et plus spécifiquement des études médiévales. Et après, j'ai choisi ça en master.
Matthieu: Et du coup, on apprend quoi en histoire materiale
Catalina: Etrangement, je n'ai pas tant appris que ça sur les châteaux et les chevaliers. Par contre, j'ai appris beaucoup de choses sur la littérature médiévale, sur tout ce qui touche au support écrit, comment ça s'est développé, en gros comment on fait un livre à l'époque médiévale. J'ai principalement étudié la littérature, donc j'ai beaucoup appris sur les figures littégères, c'est quoi les... les enjeux politiques qu'il derrière, Il y a aussi… c'est pas vraiment de la sociologie, mais en gros on apprend beaucoup sur comment fonctionne la société médiévale. Après c'est une période de 1000 ans, donc c'est pas non plus très… comment dire ça ? C'est très spécifique à chaque siècle. Donc on finit plutôt par devenir un expert ou une experte sur un siècle en particulier, le XIIIe, le XIe, voilà.
Matthieu: Et puis c'est surtout spécifique à l'histoire médiévale européenne, ou bien est-ce que tu regardes aussi un petit peu en dehors, en Moyen-Orient, etc.
Catalina: Moi j'ai pratiquement rien vu de l'histoire médiévale en dehors de l'Europe. Après je suppose que c'est dû au fait qu'on n'a pas de support écrit. Les sources qui nous sont parvenues pour l'Europe c'est parce que c'est des sources qui sont écrites ou bien qui ont été reprises au fur et à à travers les siècles qui ont passé et c'est comme ça que ça nous est parvenu. Alors je me dis une société, enfin c'est même sûr, une société qui n'a pas de support écrit. qui n'a qu'une culture orale, malheureusement, son histoire n'a pas pu arriver jusqu'à nous.
Matthieu: C'était arabe, à l'époque, c'était plus avancé en termes technologiques, mais il avait beaucoup d'écrit.
Catalina: Je pense qu'il y a de l'europeo-centrisme.
Matthieu: Est-ce que tu as l'impression que ta connaissance en histoire médiévale t'a servi à voir avec soit ton parcours militaire, soit ton parcours civil et à mieux comprendre le monde dans lequel on est aujourd'hui
Catalina: Non, je ne dirais pas ça. Ce des structures mentales qui sont complètement différentes, donc il n'y a pas grand-chose de comparable. En revanche, ce qui aide beaucoup quand on fait des études historiques, c'est qu'on est très habitué à aller lire des corpus importants de sources, de travaux historiques, et donc on doit apprendre à synthétiser une grande somme d'informations assez rapidement et de manière assez efficace aussi. puis… Moi j'ai aussi beaucoup appris à m'adapter à mon public parce que comme on est à fond dans notre truc, puis finalement j'en sais rien, si t'étudies les fourchettes à l'époque, il n'y avait pas de fourchettes, mais si t'étudies les arts de la table à l'époque médiévale, au bout de moment tu finis par savoir tout un tas de détails, mais il faut toujours se rappeler qu'en face la personne elle y connaît rien et que pour elle l'art de la table médiévale ça s'arrête à un bout de pain et trois bouts de viande quoi. Donc on est obligé de revenir, enfin de venir recontextualiser avec des mots simples. et de faire comprendre des dynamiques qui sont parfois complexes. Donc ça, je dirais que c'est l'apprentissage principal de mes études.
Matthieu: parlons un petit peu d'écliques personnelles. tu avais 20-25 ans, tu étais en train de faire tes études de lettres en histoire medievale. Pas exactement le profil type militaire. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Catalina: C'est clair qu'on ne s'attendrait pas à ce que... Enfin, il à l'époque non plus, on s'attendait pas ce que je décide de faire l'armée. J'étais sportive, mais j'étais loin d'être une machine et je ne le suis toujours pas d'ailleurs. Mentalement, je ne dirais pas non plus que j'avais un état d'esprit hyper solide. En fait, dans ma famille, la majorité des hommes ont fait l'armée et j'ai remarqué que quand ils échangaient des souvenirs, il y avait vraiment quelque chose d'assez fort et d'assez exceptionnel. il y en a qui ont vécu des choses de fou et je me suis dit mais en fait moi il y a quasiment aucun contexte dans lequel je vais pouvoir être amené à vivre des choses qui sont similaires. Donc il y avait un petit peu d'envie on va dire mais c'était pas du tout un stade où j'avais conscientisé que j'allais le faire, vraiment pas du tout, juste simplement je me disais c'est des univers et des expériences qui ont l'air vraiment folles à vivre. Et puis, bien il faut dire que j'ai commencé assez tôt à m'intéresser à tout ce qui touche au féminisme. Et puis un jour on parlait de ça avec un ami et je me rappelle très bien il m'avait répondu à un moment donné quelque chose du genre, de toute façon vous les femmes vous avez rien à dire, vous faites pas le service militaire. Sous-entendu on s'en fiche un peu de ce que vous avez à revendiquer. Et là je me suis dit ok puisque c'est comme ça, moi je vais y aller. Parce que si moi je peux faire l'armée, n'importe quelle autre femme peut le faire. Et voilà ça a démarré comme ça, j'avais 22 ans. J'ai pas dit à grand monde, en tout cas dans ma famille, j'ai prévenu personne que j'allais faire le recrutement. Et puis, il a un soir où il y avait mon père, ma grand-mère et mes frères et sœurs, et je me suis ramenée avec mon livret de service, et j'ai dit voilà, je pars pour la prochaine école de rue au mois de mars, il me semble que c'était, ou bien au mois d'août, je ne plus maintenant. Et là, tu vois dans les films quand le paternel prend quelque chose de mal et que vraiment il s'offusque et qu'il est là, quoi toi, ma fille, mais quelle trahison, non, et bien on est un peu sur le même genre de... de scène en fait. Vraiment mon père il s'est levé et il est parti dans une tirade. Mon père avant moi a tout fait pour éviter le service militaire, moi aussi, ton frère il échappe enfin et toi tu y vas. Et vraiment c'était un scandale pour lui. Et première fois de ma vie que j'ai vu ma grand-mère lui demander de se taire et elle lui a dit laisse la faire, c'est très bien, c'est très courageux. Et je me rappelle très bien, elle m'avait pris la main et elle m'avait dit c'est très bien ma chérie, je suis sûre que tu feras ça très bien. la scène de film quoi. Donc voilà ça a démarré comme ça.
Matthieu: Et tes collègues étudiants, ils ont pensé quoi ?
Catalina: Alors là aussi, c'était quelque chose de très, comment on peut dire ça, représentatif de ce que j'ai pu observer par la suite dans les réactions, parce qu'en fait, chez les hommes, c'est assez… Très souvent, je voyais des réactions du genre « pourquoi tu vas t'embêter avec le service militaire, nous on est obligé d'y aller, vous pas, franchement, quelle drôle idée », au contraire d'autres qui étaient très encourageants et très soutenants. Et chez les femmes, la réaction beaucoup plus positive, beaucoup plus… Parfois un peu dans l'inquiétude, en me disant que je serais seule avec quasiment que des hommes et tout, tu feras attention. Mais sinon d'une manière générale très soutenante, hyper encourageante, etc. J'ai reçu énormément de soutien de la part de mes amis. Et vu que moi-même j'ai été assez angoissée, ça m'a beaucoup aidée. Donc je suis partie avec vraiment une belle énergie.
Matthieu: Puis rappelle-toi le moment où tu as signé pour aller faire l'armée. Ça s'est passé comment ? Tu ressentais quoi ?
Catalina: C'était hyper solennel pour moi, je me sentais très honorée de le faire. En fait, je ne l'ai pas précisé, mais moi j'ai été adoptée, mes parents sont suisses, mais je suis née au Salvador, et j'avais quand même dans ma démarche l'envie de restituer à mon pays d'adoption quelque chose aussi. Au-delà de toutes mes aspirations personnelles, il y avait aussi peu cette envie de redonner quelque chose à la collectivité. Et du coup, cette signature-là, quand je l'ai posée, je me suis vraiment dit, ça y est. C'est maintenant, ça commence. Et il a plus de retour en arrière. Je sais qu'il a des gens qui disent qu'on peut quitter l'armée, non, non, moi, à ce moment-là, j'étais claire dans ma tête que j'irais jusqu'au bout, peu importe le déroulement que ça allait prendre.
Matthieu: plus Suisse maintenant qu'avant l'armée.
Catalina: crois pas. sais pas. En fait, sais, ce qui est particulier, je dirais, c'est surtout le rapport avec les hommes qui ont fait l'armée. Parce que quand on rencontre quelqu'un et qu'en un moment donné on mentionne l'armée, il a quelque chose où on se comprend. Et là-dessus, pour moi, tout cas, ça a vraiment créé un pont. Et puis avec mes camarades féminines qui font l'armée aussi, là, la connexion est encore plus grande parce qu'entre guillemets, on se sait. Donc oui, peut-être il a de ça, peut-être un pont de compréhension supplémentaire on va dire.
Matthieu: Et le fait de te retrouver avec le 25 % d'hommes, ça t'a pas fait peur ?
Catalina: Un peu. Surtout que moi personnellement je suis quelqu'un qui craint beaucoup le jugement des autres et je sais qu'on trouve difficilement de jugements plus durs que le regard de certains hommes sur certaines femmes. Mais malgré tout, déjà finalement j'ai toujours eu une camarade femme avec moi, ce qui fait qu'on était finalement toujours deux. Alors parfois certes vraiment que deux, mais voilà j'étais jamais seule. Donc ça déjà ça m'a quand même beaucoup aidé. Et puis au-delà de ça, comment dire ça ? Les remarques désagréables ou les attitudes déplacées, ça se gère en fait. Alors ça nécessite une certaine force de caractère dans le sens où il trouver sa façon de mettre les limites, soit en rentrant dans le cadre, soit par l'humour, soit... Enfin voilà, il y a autant de stratégies que de personnes, mais finalement on s'en sort. Enfin moi en tout cas j'ai fini par faire ma place et ça s'est très bien passé. Et je dois dire, j'ai rencontré des personnes exceptionnelles.
Matthieu: T'as eu beaucoup de moments où t'as eu des commentaires sexistes, des commentaires des obligants, du fait que t'es une femme à l'armée
Catalina: Oui, très souvent. Après, je disais, il a différentes manières de les gérer. Moi, j'avais choisi la répartie. Donc, en général, je rentrais dans le cadre, soit par l'ironie, soit par l'exagération. Une fois, j'ai eu vraiment à me fâcher. Et du coup, ça a été... C'est bizarre, a des hommes, en fait, du moment qu'on leur fait comprendre qu'on n'est pas un paillasson, à partir de là, ça se passe très bien. Et ça devient des vraiment chiquetis. Donc c'est vraiment, c'est particulier je veux dire, je sais pas si c'est commun à beaucoup d'hommes ou quoi, moi c'était la première fois que j'étais confrontée à cette manière de faire, mais je trouvais qu'au final c'est bon à savoir quoi, veux dire, faut le vivre une fois. Et puis par la suite de ma carrière militaire, j'ai été intégrée dans un état-major, et à partir de là on est avec des hommes qui sont plus âgés, je sais pas si ça fait une différence. Mais à partir de là, en tout cas, j'ai eu beaucoup moins de réactions franchement hostiles ou carrément désobligeantes. Après, il y a toujours des petites attitudes où on constate que ça nous ramène à notre place en tant que femmes. nous fait clairement remarquer que voilà, c'est pas la même chose. Malgré tout, je peux pas dire que ça a été un problème. d'un côté, c'est vrai. Je suis une femme au milieu d'hommes, c'est un fait. Donc voilà. On trouve d'autres manières aussi de nouveau de faire sa place.
Matthieu: C'est effectivement plus difficile qu'un homme qui fait l'armée parce que tant qu'homme, on est un autre homme. C'est d'autres dynamiques auxquelles on doit faire face, mais pas ça.
Catalina: Effectivement, Il n'y a pas cette sensation de « c'est pas ta place initialement ». Pour un homme, pense que, oui, voilà, il est là, comme tous les autres, camarades masculins, et personne ne se pose la question. À la limite, les questions, j'ai remarqué qu'elles se posent soit pour les naturaliser, parce que, si j'ai bien compris, certains ne sont pas obligés, c'est à titre volontaire eux aussi, donc là-dessus, on peut les questionner. Certains hommes qui gradent aussi, on leur demande pourquoi ils ont décidé de grader, mais… il n'y a pas ce côté où vraiment, ce n'est pas ton espace. Ça peut être assez particulier à vivre.
Matthieu: T'as l'impression que le fait d'avoir dû te battre pour ça, t'es utile maintenant dans l'environnement professionnel ?
Catalina: Oui, complètement. Alors après, je ne dirais pas se battre ou bien batailler, parce qu'au final, ça m'a demandé des efforts d'adaptation et d'ajustement, pas non plus… Oui, des fois c'est lourd, mais en soi ce n'est pas invivable non plus. Typiquement, j'aime bien le mentionner, ce qui n'est pas simple, trouve, en tant que femme, c'est trouver cet équilibre entre être clairement ronde dedans, voire un peu sèche par moment, parce qu'en fait, parfois c'est nécessaire, ou au contraire, être un peu plus pédagogique, voire même assez douce, ce qui malheureusement de mon point de vue correspond à un cliché sexiste et donc ça m'agace quand moi je dois venir me mettre là-dedans alors qu'initialement c'est pas ce que j'ai envie de faire. Mais malgré tout des fois je remarque que c'est plus efficace que de se fâcher. Donc ça, ça peut être un peu fatigant pour nous en tant que femmes je pense, de constamment osciller entre cet état d'être soit spontané soit pas du tout dans nos réactions. Mais effectivement je trouve que ça aide à... Typiquement, la suite, pour le coup de ma carrière professionnelle, j'ai travaillé dans une banque, et ça reste un milieu quand même très masculin. Et du coup, d'avoir déjà côtoyé un autre milieu quasiment exclusifment masculin, je n'ai pas été perturbée par ce paramètre-là.
Matthieu: Est-ce que tu as l'impression que si le service citoyen venait à réussir aux urnes ? et que les femmes et les hommes de faire un service à la communauté, et donc il y aurait potentiellement plus de femmes, voit par exemple en Suède, on voit que les hommes ont plus de 25 % des forces armées qui viennent féminines quand on met le service à pied d'égalité. Est-ce que tu as l'impression que ça changerait la dynamique en termes de vivre ensemble d'hommes et de femmes à l'armée
Catalina: J'en suis persuadée. J'ai déjà constaté plusieurs fois à quel point certains hommes sont mal à l'aise de se retrouver face à des femmes. J'imagine en particulier dans le milieu militaire, parce que je ne pas croire que dans le milieu civil il côtoie pas de femmes, ou pas du tout, mais par contre je pense que pour nous les femmes aussi ça sera une bonne chose, parce que je pense qu'on a une vision des choses qui sont différentes, enfin qui est différente, je veux pas verser dans l'essentialisme. Mais je crois que de par nos vécu, on a des postures assez différentes dans la vie. Et du coup, ce mélange-là, pense qu'il est important et je pense qu'il sera bon pour tout le monde. Je pense aussi que ça permettra peut-être de devenir un peu tord le cou à certains clichés.
Matthieu: Parlons maintenant un petit peu de ta carrière militaire. Tu te souviens de ton premier jour ?
Catalina: Oui, je m'en rappelle hyper bien. Je dirais pas comme si c'était hier, mais je m'en rappelle hyper bien. Tu sais ce qui est vraiment particulier, enfin oui tu sais, ce qui est vraiment particulier je trouve quand arrive le premier jour des Col de Récru, c'est que tout le est habillé normalement et le lendemain tout le monde est habillé avec l'uniforme. Et je trouve que ça c'est vraiment, ça change tout dans le rapport aux autres parce qu'on peut plus se fier à une tenue vestimentaire et donc... Si on va vers quelqu'un, c'est pour plein d'autres raisons, mais on n'a plus, comment on peut dire ça, la priori vestimentaire. Et ça, je me rappelle, ça m'avait vraiment fait quelque chose où je m'étais dit, wow, ça fait une sacrée différence quand même. Et puis bien sûr, au début, tout monde est perdu, on ne sait pas comment il faut s'adresser au supérieur hiérarchique, on est fatigué parce que les journées sont longues, etc. Donc oui, le premier jour, je me rappelle, et puis émotionnellement, pour moi, c'était hyper fort, quoi. de rencontrer le lieutenant qui allait nous accompagner jusqu'à la fin de l'école de recrute, de rencontrer les camarades qui allaient être avec moi jusqu'au bout, enfin, pour la plupart. Donc, non, ouais, c'était fou, je trouvais, en termes d'intensité.
Matthieu: C'est quoi ton pire souvenir ?
Catalina: Oh là là ! Il en a plusieurs, mais je vais en choisir un. un espèce de long exercice qu'en fait nos supérieurs hiérarchiques avaient mis en place pour qu'on gagne, tu sais, nos insignes de fonction. Parce qu'ils avaient vu ça dans des fonctions beaucoup plus demandantes en termes d'efforts que les échanges conduites. mais ils se sont dit, c'est une super idée, on va faire ça aussi pour nos petits gammes. L'exercice consistait, autres, à remonter un espèce de petit ruisseau, même... Je crois que par moment, c'était quand même assez profond, qu'en un moment donné, j'ai glissé et je me suis retrouvée complètement immergée. Après, je suis petite, mais quand même. Donc voilà, il remonter ce cours d'eau à contre-courant. Et ensuite, passer la nuit dehors, sans évidemment pas... Enfin, je n'ai pas souvenir qu'on nous est accordés du temps de sommeil, avec les mêmes vêtements. Donc j'étais frigorifiée et moi je ne supporte pas, monstre bien le froid, donc je t'ai imaginé comment je me sentais, c'était hardcore. Hyper intéressant par contre, mais franchement pas super à vivre au début. Et puis le deuxième souvenir là, pour le coup, je pense que ça me ferait moins, ça va moins me faire rire. Il y a eu une période de l'école d'urcru où je me sentais très seule. le fait d'être loin de la famille, le fait de pas avoir beaucoup temps à consacrer aux amis quand on rentre le week-end, etc. Il y a vraiment eu une période où je me sentais pas bien et où j'étais vraiment triste. Mais en fait, ça s'est quand même fini par une note positive puisque j'ai un camarade qui m'a vraiment motivée à ce moment-là et qui a vraiment été un grand soutien pour moi. Donc ça m'a permis de repartir du bon pied.
Matthieu: Y a des moments où tu te dis j'en ai marre, je claque tout ?
Catalina: C'est sûr, plein de fois, plein de fois. ouais. Bah les camarades. Entre autres celui dont je viens de parler. Avec qui j'ai toujours contact d'ailleurs. On s'écrit rarement, pour les anniversaires surtout. c'est quelqu'un, il est toujours dans mon cœur. Vraiment c'est un chouette type.
Matthieu: Et pourquoi t'as pas tout claqué ? Et c'est quoi le moment où tu t'es dit que ça valait la peine
Catalina: Je pense qu'il y a toujours eu des moments à intervalles plus ou moins réguliers dans ma carrière militaire où je me suis dit que ça valait la peine, mais aujourd'hui en tout cas vraiment je le dirais avec beaucoup de force et de conviction. Clairement oui, ça valait grandement la peine et si je devais le refaire, je le referais sans hésiter, les yeux fermés quoi.
Matthieu: Pourquoi ça valait tellement la peine ?
Catalina: Parce que déjà j'ai rencontré tellement de gens... Alors, je précise quand même, ça m'a donné à voir des côtés franchement désagréables de la jante masculine, mais aussi des super côtés. Vraiment la camaraderie, je pense que c'est... Je sais pas si en tant que femme on a souvent l'occasion de l'expérimenter de cette manière-là, de manière aussi intense. Je veux dire, moi... Bon, déjà de base j'étais fumeuse, mais j'ai jamais eu un super souffle malgré le fait que j'ai fait longtemps du hockey sur gazon. Donc les marches longues avec les montées, l'enfer. Quand t'as un camarade qui vient juste soulever ton sac deux minutes ou qui vient juste te faire un petit « t'inquiète, ça va aller, tu vas t'en sortir et tout. » Moi je l'ai vécu de manière tellement intense, pour moi c'était vraiment la bouffée d'air frais dans un moment étouffant. là-dessus, rien que pour ça en fait. Après il a tout ce que j'ai appris en plus, que ça soit d'un point de vue humain, des compétences techniques pur et dure. Mais rien que pour l'expérience de la camaraderie, je dirais que ça vaut le coup.
Matthieu: C'est à l'impression que pendant ton service, as eu des moments où être femme a été un avantage tactique.
Catalina: Alors d'une certaine manière oui, je ne sais pas si c'est un avantage mais en tout cas le vécu s'est fait différemment. Par exemple j'ai remarqué que j'avais beaucoup de camarades qui en groupe jouaient les durs et en fait n'y est pas forcément un contact profond et privilégié mais qui avec moi s'ouvrait davantage et avec qui justement j'ai pu avoir une amitié beaucoup plus profonde à ce moment-là. Je sais pas si c'est le fait d'être une femme ou si c'est le fait que moi aussi je dois dire je suis quelqu'un qui m'intéresse aux gens, je suis assez curieuse de savoir ce qui se passe dans leur vie quand on s'entend bien et tout, je pose beaucoup de questions et j'ai jamais eu un camarade qui m'a jamais répondu. Donc du coup je pense qu'il a peut-être de ça dans le lien qu'on peut avoir et puis il a aussi certaines attitudes qui passent mieux quand on une femme. Typiquement moi je suis quelqu'un qui peut me montrer assez maternelle par moments. Donc si je vois qu'il un petit coup de mot et que j'ai du chocolat sous coude, je vais directement me proposer. Si il fait un canneur pas possible avec un grand soleil et que vois que de la crème solaire, vais tout de suite dire « tiens, tu dois en mettre », etc. Et ça, j'ai remarqué que ça passe très bien. Donc oui, Là, je pense que oui, peut-être que c'était un avantage. Et aussi, dirais, quand on vit mal certaines choses, nous, on a le droit de pleurer. Je sais pas si en tant qu'homme, ils s'autorisent entre eux à pleurer, à montrer qu'ils vont pas bien. Je suis pas sûre. En tout cas à mon époque, je dirais que non.
Matthieu: J'ai pleuré une fois. C'était pendant 4, 5 ou 6e jour de l'exercice d'endurance à la fin de l'école d'officier. On avait chier mais quand possible. Et puis le prêtre qui venu. Il pleuvait, on était en cercle, puis il nous a expliqué un truc. Juste une histoire. C'était le seul moment depuis une semaine où on...
Catalina: oui, non, ça c'est dur. ⁓ ok. C'était trop simple.
Matthieu: On n'était pas en train de stresser pour faire les trucs. Et là, j'ai versé une arme.
Catalina: Parce que t'as toute la tension qui redescend. Je comprends. Et les camarades, ont réagi comment ?
Matthieu: personne qui a remarqué, on était tous en cercle, c'était le soir. Je pense que ne pas être le seul.
Catalina: Ok. ⁓ ouais, je vois. Je ne pense pas non plus. Peut-être que c'est un petit accord tacite que personne ne se met à observer les autres.
Matthieu: Explique-nous ton parcours militaire. Comment as-tu vécu la transition de soldat ? as appointé des officiers spécialistes. Est-ce cette perspective va enrichir ta vision du système militaire ?
Catalina: Alors, oui, moi j'ai été incorporée dans l'infanterie, mais en tant qu'échelon de conduite. Les échelons de conduite, c'est des troupes qui sont là pour appuyer un état-major. Donc on va venir, par exemple, monter ce qu'on appelle la citadelle, qui sont ces espèces de grandes tentes.
Matthieu: Ça fait quoi la chambre comme dit-il
Catalina: où l'état-major peut travailler si, par exemple, ils doivent déplacer le centre... le poste de commandement, pardon, et on va venir régler tout un tas de détails à l'intérieur, la disposition des tables, les imprimantes, les câbles, les téléphones, les choses comme ça. Donc c'est quelque chose de très logistique. Et en même temps, il a un autre volet qui aide à bien comprendre tout ce qui touche à la radio, le langage radio, les annonces, pour pouvoir les noter et transmettre. Et peut-être même aussi le troisième volet. Il a les échanges de conduite qui, eux, vont vraiment faire monter des antennes, garder ces antennes, Les déplacer si c'est nécessaire. Donc ça, c'est plutôt vraiment extérieur et plus peut-être opérationnel en quelque sorte. Et puis on a une fonction plus d'appui, où là vraiment on côtoie des membres d'un état-major, donc ça implique quand même de comprendre c'est quoi un état-major ? Qui fait quoi ? Parce que si on a des annonces à transmettre, il savoir à qui, qu'est-ce que ça concerne. Ça nécessite aussi de côtoyer dégradés assez élevés, donc on doit savoir s'adresser à eux correctement. Donc c'est assez particulier comme ambiance, enfin ça peut l'être. Après il a des endroits où c'est plus ou moins formel mais…
Matthieu: C'est quoi le type de profil de personne qui se retrouve soldat à Echiconte ?
Catalina: C'est souvent des étudiants, j'ai remarqué. En tout cas dans ma section on était beaucoup d'étudiants. Après il y avait aussi des personnes qui avaient des métiers plus de l'artisanat, ou bien des entrepreneurs. Peut-être qu'une fois j'ai eu un agriculteur, donc voilà, majoritairement des étudiants je dirais.
Matthieu: Et après tu es passé à Poitiers.
Catalina: Alors, là aussi c'est une petite anecdote quand même assez marrante de nouveau en lien avec mon aversion pour le froid parce que j'ai fait un premier cours de répétition et c'était à Bure dans le Juraire en hiver. On adore les températures de Bure en hiver. Et je me rappelle vraiment, j'étais là, mais quel enfer ! Et à un moment donné, il y a eu un peu une espèce de rumeur, comme ces fameuses rumeurs qu'on entend toujours dans les bataillons, c'est toujours assez fascinant.
Matthieu: Merci.
Catalina: Mais pour le coup, c'était vrai, ça disait qu'à l'état-major, ils cherchaient quelqu'un qui avait fait l'être. Et là, je me suis dit, signe du destin. Jamais dans ma vie professionnelle, c'était marqué sur une annonce qu'ils cherchaient quelqu'un qui faisait l'être. Quasiment jamais. Personne ne cherche jamais des étudiants en lettres. Et donc je me suis dit, bon, direct, il faut que j'aille me renseigner. Je me suis renseignée et donc en fait, c'était pour intégrer la chancellerie d'état-major. Et moi, je me suis dit, parfait, je serai à l'intérieur. J'aurais, en autres guillemets, plus ou moins des rythmes de travail de bureau. impeccable, j'y fais. Et donc voilà, j'ai commencé comme ça à la chancelerie, et puis après j'ai fait deux ou trois cours, et ensuite ils m'ont choisi pour diriger la chancelerie, donc c'est là que je suis passée à Pointer. Et je crois que j'ai fait un cours ou deux peut-être, je sais plus maintenant. Ensuite j'arrivais à la fin de mes jours et moi j'avais vraiment pas envie de quitter l'armée parce que j'avais vraiment une impression d'inachevée et que j'avais pas pu, entre guillemets… donner le meilleur de moi-même. Et à ce moment-là, ils cherchaient un officier de presse et d'information, puisque celui qu'on avait allait partir, et ils m'ont proposé ce rôle-là, cette fonction-là. Et je me suis empressée de dire oui, j'étais ravie. Alors au début, j'étais un peu craintive, mais malgré tout, je me suis dit que ça allait être un nouveau challenge.
Matthieu: Et du coup, on fait quoi en tant que fétcité de presse et d'information ?
Catalina: On fait beaucoup de choses. Et pour le coup, ça dépend un petit peu des bataillons. Moi en tout cas, que je fais, c'est que j'établis la stratégie de communication pour le bataillon, en particulier pour les réseaux sociaux. J'ai aussi un rôle de conseil pour le commandant sur tout ce qui touche à l'image ou au contact avec les médias, etc. Après, il des commandants qui ont plus ou moins l'habitude déjà des médias, en l'occurrence le mien actuellement, il n'a pas tellement besoin de mes conseils. Moi, j'ai l'impression que c'est spécifique à mon bataillon, je m'occupe pas mal de tout ce qui touche aux cérémonies pour la prise et la remise du drapeau. Par exemple, ça peut être sur les propositions de lieu pour ces cérémonies-là, mais aussi le lien avec le quartier maître, puisque c'est moi qui ai la vue d'ensemble sur les invités. Donc c'est moi qui vais lui dire « on attend X personnes, si pas de belles pour nous, sont tous vegans, il faut prévoir un apéritif en conséquence, etc. je plaisante, évidemment, vient contre les vegans. Donc oui, voilà, et puis, ben moi j'ai une petite équipe, sont cinq, et puis notre rôle c'est de produire du contenu, de faire des propositions aux commandants, toujours en termes de contenu pour animer nos réseaux.
Matthieu: comment te donner une équipe.
Catalina: Alors, je pense qu'il a d'autres femmes pour qui c'est plus simple. pour moi, il y a toujours un peu un... Alors maintenant, je me sens beaucoup plus à l'aise, il faut le dire. Mais à un moment donné, vu que je n'avais pas fait d'école d'officier, forcément, je ne me sentais pas du tout légitime. Après, j'ai appris beaucoup de choses parce que dans l'état-major où je suis, on m'a vraiment donné les moyens d'apprendre et j'ai vraiment eu un mentor qui m'a vraiment pris sous son aile et qui m'a vraiment donné, je trouve, des très bons enseignements pour être officier. Donc voilà, j'ai eu les moyens de progresser, de ce point de vue-là, pour moi, ça n'a pas été simple. Et puis surtout, quand parfois les rapports peuvent devenir compliqués, moi, personnellement, je me demande toujours si c'est dû au fait que je suis une femme ou si c'est uniquement une question interpersonnelle. Alors maintenant, j'essaye juste de ne me prendre la tête avec ça et de voir comment je peux résoudre mon problème. Mais c'est toujours quelque chose qui est en fond dans mon esprit, si tu veux. Donc par rapport à ça, ça peut être challenging.
Matthieu: Est-ce que tu as l'impression que le fait d'avoir pu mener une équipe en armée, ça va te servir autre part ?
Catalina: J'espère. Je pense qu'il a pas beaucoup d'autres contextes où on te confie une équipe comme ça sans vraiment de prérequis. Et ça, je pensais comme moi à tous les officiers. Du coup, je n'ai encore jamais eu à diriger une équipe dans ma vie professionnelle civile, mais en tout cas, c'est sûr que j'appliquerais les mêmes choses. Juste, adaptées, parce qu'on ne pas toujours demander la même chose, que ce soit à l'armée ou au civil. Mais je vais essayer d'appliquer en tout cas les mêmes... de me guider avec les mêmes valeurs, on va dire.
Matthieu: Moi ce que j'ai remarqué c'est qu'en fait à l'armée j'ai toujours pu mener des gens, déjà très tôt, j'avais quoi ? Et je menais une troupe de 50 personnes. Mais après pour les cours de répétition, je pouvais essayer les différents trucs. pouvais tester les différents... T'as le coup me dire bon ok, je vais essayer de mener de cette manière là. Et puis après on voit, on live assez rapidement, si ça marche, ça marche pas. entre guillemets, il a pas vraiment de conséquences. Il a rien de grave parce qu'au pire, ça se passe bien, au moins bien, mais après on attend encore une année, deux ans, et puis après on recommence, et de toute façon on recommence à zéro plus ou moins. Peut-être qu'on travaille avec une personne, mais c'est de nouveau un nouveau cadre.
Catalina: Non, y'a rien grave. Oui, il a la place de tenter des choses, ça c'est chouette je trouve, je suis d'accord avec toi. Et effectivement, bah moi je remarque que selon ma posture, ça marche pas toujours avec les mêmes personnes, comment dire. Typiquement, j'ai un de mes petits gars, lui il marche vachement plus à l'encouragement et à la valorisation, donc lui je sais que c'est ça que je dois faire et c'est sincère, simplement je ne plus se mettre l'accent sur les choses qu'il a bien faites. Et j'ai d'autres petits gars où pour le coup il faut être un peu plus un peu plus franche, un peu plus... je peux me permettre d'être parfois un peu plus sèche. Et limite, il en a certains où je vois que c'est nécessaire parce qu'en fait malheureusement sinon ils m'entendent pas. Donc je suis obligée de me montrer beaucoup plus dur pour que ça fonctionne.
Matthieu: Alors maintenant, boulot militaire. Premier jour à la BCGE, après l'uniforme. se passe comment ?
Catalina: Franchement ça se passe bien. L'avantage d'avoir été dans un état-major, c'est que c'est un fonctionnement qu'on peut comprendre partout ailleurs, puisque ça existe aussi dans les entreprises, les états-majors ça s'appelle peut-être pas forcément comme ça, mais en tout cas, par rapport à ça, moi j'étais confortable. Alors il y a la fonction d'assistant de direction que je connaissais pas, mais en dehors de ça je me disais, bon voilà, y a des choses, je vais pouvoir tirer des parallèles. et ça va m'aider à être plus à l'aise. non, oui, par rapport à ça, aucun souci.
Matthieu: collègue banquier, il s'en va pour en faire comme militaire.
Catalina: Ils ont su au bout d'un moment. Surtout une fois, j'ai dû venir en uniforme à la banque parce qu'il y avait quelque chose qui fonctionnait pas avec mon ordinateur et mon boss avait besoin que je continue à gérer deux, trois trucs. Et là, il y en a certains que ça a choqué, mais dans le bon sens. Par exemple, j'ai un collègue avec qui on s'entendait super bien et vraiment on blaguait beaucoup. Et quand il m'a vu et qu'on a un peu discuté, je le sentais super distant. et presque un peu... enfin pas un peu même, il avait l'air impressionné et à un moment donné pour rigoler je lui ai dit bah alors t'es timide aujourd'hui c'est l'uniforme et il me dit franchement oui je crois. Donc oui au bout d'un moment ils ont su.
Matthieu: Donne-moi quelques exemples concrets où la formation militaire t'a sauvé en entreprise. Ou bien t'a aidé, pense que t'as besoin de te sauver.
Catalina: Alors ça paraît bête, mais là où je trouve que ça été très utile, c'est surtout ce qui touche au comportement avec des personnes qui ont un niveau hiérarchique beaucoup plus élevé. Quand on est habitué à travailler avec le commandant de bataillon, quand ensuite dans une entreprise on rencontre le CEO, le parallèle est vite fait, et donc en termes d'adaptation du comportement c'est beaucoup plus simple et on se sent beaucoup plus à l'aise. En tout cas pour moi c'était comme ça. Sinon peut-être aussi en termes de pression et de gestion des priorités, là-dessus ça m'a beaucoup aidé aussi d'avoir une expérience militaire parce que dans ma fonction il a beaucoup de petits chantiers différents. Ils n'ont pas tous le même niveau d'importance ni d'urgence, donc il faut trier. Et ça au début c'était pas facile d'apprendre à le faire, mais par chance j'ai pu le faire dans un environnement où au pire si j'avais fait faux. il avait pas de conséquences dramatiques. Donc je suis arrivée après dans le milieu professionnel avec cette compétence-là. C'est les deux éléments principaux, je dirais.
Matthieu: fait la formation transfert, c'est quoi ?
Catalina: Alors la formation de transfert, c'est axé autour, en tout cas moi, celle que j'ai suivie, ça concernait la communication de crise. Et donc là-dessus il avait plusieurs volets, et je trouvais que c'était une formation très complète. Il y avait tout un pont qui concernait le rapport aux médias, que ça soit dans la connaissance de concrètement c'est quoi un média, c'est quoi leur obligation, c'est quoi leur droit, etc. Mais également du médiatraining, donc on apprend à parler devant une caméra. Et puis il y avait aussi tout un pont peut-être un peu… plus psychologiques, où on apprenait nous à nous connaître avec différents types de profils, tu sais par exemple les profils analytiques, les profils artistiques, etc. On nous a aussi formés à ce qu'ils appellent des entretiens difficiles, avec des vrais comédiens, c'était vraiment un des meilleurs exercices que j'ai jamais fait toute ma vie, excellent, hyper efficace pour apprendre à se connaître. Et puis, qu'est-ce qu'il y avait encore ? oui, y avait tout un entraînement à la communication de crise pure et dure où on devait faire des… mimer des conférences de presse, établir des communiqués de presse, et puis on avait des vrais journalistes qui participaient à l'exercice. Donc là-dessus vraiment une énorme plus-value.
Matthieu: Tu as eu des moments où tu as dû appliquer ces connaissances ?
Catalina: Oui. Alors d'une part dans les entretiens difficiles, parce que ça m'est arrivé à un moment donné une petite confrontation avec un de mes subordonnés, donc là-dessus je me suis servi de ce que j'avais appris. Et puis autrement, on a eu un cours de répétition pour la Coupe du monde de ski en 2021 en plein Covid, et en fait on s'est retrouvé avec toute une compagnie qu'il fallait mettre en quarantaine, en sachant qu'on était dans un contexte où les gens avaient encore très peur, donc ça a été très compliqué de trouver des emplacements où loger les gens. Et en plus de ça, les médias s'y sont intéressés, c'est normal. Et donc là, en tout cas, j'ai pu appliquer une partie de ce que j'ai appris sur la communication crise, etc. Et je pense que le plus important dans ces cas-là, c'était vraiment les notions d'honnêteté et de transparence. Je sais que pour beaucoup de gens, a un peu de clichés de la grande muette, l'armée qui communique pas, etc. Pour le coup, je pense que ce pas vrai. tout cas, moi j'ai constaté en tant que militaire que souvent, on essaye du mieux qu'on peut. d'expliquer ce qu'on fait, de montrer ce qui se passe, etc. Parce que c'est normal aussi que nos concitoyens sachent concrètement c'est quoi qui se passe. Il faut juste faire attention à tout ce qui touche aux stratégiques, aux éléments sensibles, mais sinon on peut communiquer quand même sur beaucoup de choses.
Matthieu: Est-ce que tu as l'impression que si le service citoyen passait et que plus de femmes faisaient ce type de... ou surtout d'apprentissage à voir avec les communications en temps de crise, est-ce que ça améliorerait la capacité de la Suisse à être résiliente face aux crises futures ?
Catalina: pense que oui, moi j'en suis assez persuadée. Notre nouveau commandant de division dit une chose que je trouve très juste, c'est que la résilience, elle ne peut pas s'apprendre dans des contextes où on n'est pas sollicité de manière inconfortable. Et je pense que là-dessus, si on a une majorité ou une grande part de la population qui a cette expérience commune, alors je pense que oui, on sera beaucoup plus forts et beaucoup plus résilients tous ensemble.
Matthieu: Gérer des projets de jeunesse pendant 10 ans, tu me parlais justement d'être monitrice en OK, je ne pas s'il y a d'autres choses que tu as fait aussi. En quoi ce que le service citoyen structurise serait bénéfique pour les jeunes en recherche de sens ?
Catalina: Alors je sais pas si tous les jeunes qui seraient amenés à faire du service citoyen trouveraient du sens dans ce qu'ils font, mais en tout cas ça donnerait une direction, et ça je pense que c'est très important. Parce qu'on parle beaucoup de la collectivité publique, enfin de la collectivité pardon, de manière générale, du bien commun etc, mais concrètement c'est quoi ? Et ça je pense que peut donner une direction à la service citoyen, que ça soit à travers un... un aspect plus défensif avec l'armée, ou bien un aspect plus du soin, de… comment on peut dire ça ? Parce que dans le service civil, tout n'est pas du soin, il y a quand même aussi des opportunités avec des agriculteurs, Donc peut-être on pourrait parler de faire du lien social. Donc voilà, je pense qu'en tout cas ça donnerait un aperçu, une direction.
Matthieu: Alors, on va parler d'une situation et puis il falloir que tu me dises ce qui te passe par la tête. On commencer simple. Tu finis ton café, tu ouvres LinkedIn et tu vois que l'initiative Serre des citoyens a perdu 10 points de sondage. Qu'est-ce qui te passe par la
Catalina: Ooooo je me dirais, non trop dommage, il s'est passé quoi ? Et là je me dirais, ok, on va voir comment est-ce qu'on peut les récupérer ces points. Parce que personnellement je trouve que c'est une initiative qui est vraiment pour le coup porteuse de sens et il a des belles valeurs dans cette initiative. Donc ça m'embêterait beaucoup que ce soit 10 points qui soient décisifs en tout cas.
Matthieu: Et maintenant l'inverse, tu vois qu'on est en train de gagner de 10 points ta réaction.
Catalina: stylé et ensuite j'irai voir c'est quoi qui a marché, c'est quoi qu'on a fait qui a amené ses dupes.
Matthieu: Et entre ces deux scénarios, qu'est-ce qui te motive le plus à te battre
Catalina: Bah clairement les 10 points de plus ! Après y'a des gens qui peuvent trouver de la motivation dans le challenge, mais si y'a 10 points de plus je me dirais ok, il faut continuer sur la lancée.
Matthieu: tu devais convaincre une jeune femme de 18 ans, ce serait quoi ton message ?
Catalina: Mon message ce serait de dire, on peut apprendre énormément de choses, que ce soit sur soi, ou aussi en terme de compétences techniques, ou en terme de relations humaines. Alors je sais déjà qu'il a des gens qui vont dire, c'est pas nécessaire de faire l'armée pour apprendre ces choses-là. C'est vrai. Mais l'avantage de l'armée, c'est que ça, entre guillemets, ça vous coûte rien. Tu y vas et puis c'est la confédération qui prend en charge un énorme nombre de frais. Et en plus de ça, C'est des circonstances qui sont vraiment spécifiques. Même si tu décides de voyager pour mieux te connaître, tu vas aussi rencontrer des gens super intéressants de plein de catégories différentes, et on sera aussi challengeés pendant un voyage, etc. Mais c'est pas du tout la même chose qu'à l'armée. À l'armée, on est plongé dans un univers où tout le monde a le même rythme de vie, tout le monde doit faire les mêmes exercices quasiment. C'est toujours les mêmes têtes, et puis il faut gérer le manque de sommeil, le stress, etc. En tant que femme, être plongée dans des dynamiques qui ne nous sont pas nécessairement familières, couplé à ça, a aussi beaucoup d'efforts physiques dans certaines fonctions. Je ne pas sûre qu'on retrouve tous ces éléments en même temps dans tout ce qui touche à la vie civile. Parce qu'à moment donné, dans la vie civile, tu peux forcément faire un choix et te dire « ça, ça me plait plus, je laisse tomber ». Normalement, à l'armée, on ne l'a pas. Si on veut laisser tomber parce qu'on en a marre de marcher, selon comment ça impacte toute la section. Et ça, c'est un choix qu'on n'a pas forcément envie de porter. Donc entre guillemets, on se fait du mal, on prend sur soi et puis on y va quoi.
Matthieu: Et maintenant, disons que tu parles à une femme aussi de 18 ans, qui ne pas quoi voter pour l'initiative Service citoyen, et qui dit oui, mais voilà, avec le système actuel, je peux déjà m'engager de manière volontaire. Pourquoi est-ce qu'elle devrait voter oui ?
Catalina: pense qu'elle devrait voter oui, que pour moi c'est une initiative qui vient pas uniquement parler du parfum, ça vient pas toucher les valeurs uniquement personnelles. Pour moi cette initiative elle a quelque chose de « on veut quoi ? comme vision pour notre collectivité. C'est quoi qu'on veut pour la société future en fait ? Est-ce qu'on veut chacun dans son petit parcours, de son côté individuel ou est-ce qu'on a envie de valeurs communes, de quelque chose qui porte une société ? Après, si la personne elle décide de rester sur quelque chose de purement personnel et individualiste, c'est un avis tout à fait valide. Mais moi en tout cas, je rêve d'une société où il a quelque chose de beaucoup plus collectif, où il y a des valeurs et des expériences communes qui seraient vraiment un lien.
Matthieu: Et donc as l'impression qu'à travers l'initiative Servis citoyens, en renforçant l'esprit de milice ou de collectivité en Suisse, par le fait que les femmes et les hommes font un service, que le service, peut-être plus de gens de manière générale, font un service, que ce soit l'armée, le service de la protection civile ou le service civil, comment est-ce que as l'impression que ça renforcerait la Suisse en tant que pays, en tant que démocratie ?
Catalina: Je pense que déjà, y a quelque chose, comme je le disais avant, de créer du lien social, de créer des ponts. Si je reste sur ce que je connais, avec l'armée, on côtoie vraiment des gens d'horizons très différents, ce qui fait que… parce qu'en plus, en tant qu'étudiant, trouve, on a vraiment une vision très restreinte de la société. Parce qu'en fait, n'est quasiment qu'avec des gens qui un même parcours que nous. Alors oui, il a des gens qui viennent de milieu plus ou moins favorisé, mais on n'est pas… on ne pas une multitude de profils. Moi personnellement, à part à l'armée, je n'ai jamais côtoyé de cuisinistes ou des bénistes par exemple. Donc d'une part, il a ça, il a ce lien social. D'autre part, dirais que quand on fait une expérience collective, normalement on a des valeurs communes, ou en tout cas on connaît ces valeurs-là, et donc ça crée quelque chose de commun, en ce qui concerne toujours dans ce que je connais, la sécurité. de manière générale, c'est un but qui a du sens. Et puis enfin, je pense par rapport spécifiquement au mélange femme-homme, ça permet de vivre des choses ensemble. Si je dois partager ma vision personnelle, trouve qu'en ce moment, on voit beaucoup de discours qui sont très clivants entre les hommes et les femmes. Par exemple, on voit avec la résurgence de certaines formes de masculinisme, a quand même quelque chose de très polarisé. Et je me dis, ça sera quand même plus difficile de voir les femmes de manière très très pas stigmatisée mais très cliché, en sachant qu'on a vécu quelque chose avec d'autres femmes pour une expérience qui serait par exemple très intense ou comme ça. Donc là-dessus, pense que ce mélange serait bénéfique pour tout le monde.
Matthieu: T'as une nièce, c'est juste ? Peut-être que tu auras bientôt une nièce. toi, service citoyen à passer, heureusement. Et là, maintenant, est 18 ans. Elle va à la journée de recrutement.
Catalina: J'ai un neveu. Je dirais go! On faire l'armée.
Matthieu: Pourquoi pas un service de protection civile ou bien un service civil ? Ou bien pour papa, juste payer la taxe ?
Catalina: Alors, payer la taxe, il en faut, mais je trouve que personnellement, ça apporte quand même moins de choses. Je ne pas dans quelle mesure est-ce qu'on peut être un petit peu déstabilisé dans le service civil, de la même manière qu'on peut l'être alarmé. Je pense en termes de challenge personnel, en tout cas pour moi, rapport à ce que j'ai vécu, moi, c'est clairement l'expérience la plus intense de toute ma vie. Évidemment c'est propre à chacun, il a plein de gens qui vont vivre leur service militaire de manière totalement détachée, ce n'est pas du tout mon cas. Et là-dessus c'est clair que si je devais avoir une nièce, je l'encouragerais de fou. Mais aussi parce que je pense que ça peut être une forme d'accomplissement personnel. Je veux dire, quand on devient officier et qu'on a des responsabilités qui sont, je trouve, des belles responsabilités, qu'il a la question de gérer une équipe, etc. mais il a aussi la question de qu'est-ce qu'on transmet comme valeur, comme… comme connaissance, et là-dessus je trouve que c'est hyper intéressant et hyper enrichissant. Oui, malheureusement elle n'aurait pas l'attente la plus objective du monde par rapport à ça !
Matthieu: Le muscle te répond, non c'est de la merde ton truc, je veux pas perdre mon temps.
Catalina: ⁓ mon dieu Non, je chercherais à savoir pourquoi elle pense que c'est de la merde. Surtout si c'est ma nièce, théoriquement elle devrait connaître mes expériences et donc pas considérer ça comme de la merde. euh... Si elle est un peu rebelle...
Matthieu: aussi l'air un peu rebelle. Pourquoi ce serait pas une perte de temps pour elle ?
Catalina: Je ne pas qu'on puisse... Alors, évidemment, tout dépend de comment on vit les choses, le sens où, même si tu fais des études passionnantes, si toi-même en tant que personne, tu n'as pas une posture où tu as envie d'apprendre quelque chose et où tu as envie d'évoluer, ça sera une perte de temps aussi. Je pense que c'est comme pour tout dans la vie, si on choisit d'aller à l'armée ou bien je n'en sais rien, c'est valable pour tout en fait, il faut avoir une posture un peu ouverte. Et là-dessus, coup, moi, pense que si je dirais à cette nièce imaginaire, tu peux perdre ton temps de plein d'autres manières. C'est pas parce que c'est larmé que ça sera nécessairement une perte de temps. C'est comment toi tu décides de te positionner et de qu'est-ce que tu décides de garder. Moi, j'aurais plus décidé de garder que les expériences négatives, les remarques des obligantes, les efforts physiques absolument horribles et hyper difficiles, les moments de solitude, etc. C'est pas du tout ce que j'ai choisi d'emmener avec moi. voilà. Je dirais que comme pour tout dans la vie.
Matthieu: Alors qu'on vienne une mère inquiète qui se dit, mais j'ai pas envie que ma fille ait une obligation de servir aussi comme les hommes. Qu'on vienne là de voter oui le 39er.
Catalina: Ça serait une inquiétude que je trouverais tellement légitime, je comprends. Moi je me dis si j'avais une fille, je serais peut-être non plus hyper sereine, même en ayant moi-même vécu le service militaire de me dire c'est ma fille maintenant qui doit y aller et tout. Mais je lui dirais qu'il ne pas nécessairement voir le pire. En fait, l'armée elle est à l'image de notre société, les gens qui sont dans cette armée c'est des gens de la société civile en fait. Il n'y a pas d'entre-soi... ⁓ comme on peut retrouver avec les armées professionnelles. Donc de la même manière qu'on peut vivre une expérience professionnelle atroce, ça peut être pareil à l'armée, c'est vrai, mais ça peut aussi être génial. On peut aussi tomber sur des gens qui vont nous apprendre beaucoup, avec qui on va lier un super lien. Et puis, ne pas non plus s'imaginer qu'elle serait complètement coupée du monde, s'il a un souci, a le téléphone. Et puis, je dirais aujourd'hui, contrairement à peut-être il a une quinzaine d'années, dans l'armée ils sont quand même beaucoup plus sensibles à tout ce qui touche au sexisme et à la discrimination de genre. Alors je ne pas comment c'est dans les écoles de recruts aujourd'hui, mais je pense que les recrues féminines d'aujourd'hui sont mieux protégées qu'avant en tout cas.
Matthieu: Et puis avec le service citoyen, on aurait un choix entre l'armée, la protection civile et le service...
Catalina: C'est vrai, moi je ne que de ce que je connais, mais c'est clair que la jeune fille en question, pourrait faire tout à fait autre chose.
Matthieu: Imagine que tu parles à un CEO de 30 ans qui a de la peine à gérer son service militaire comme il le fait aujourd'hui. Il remarque qu'il y a pas mal d'employés qui, d'une manière occureante, vont faire leur cours de répétition. Comment est-ce tu arrives à le convaincre qu'il faut voter oui le 30 novembre ?
Catalina: Je lui dirais que d'une part, a des employés qui, certes, ont leurs compétences du civil, donc qu'ils les amènent à l'armée, mais l'inverse est aussi vrai. Les compétences militaires qu'on peut amener dans le civil. Par exemple, tout ce qui touche à la formation de management, c'est toutes des choses que l'entreprise, elle n'aura pas besoin de prendre en charge et que les employés vont arriver avec. Après, sur des questions vraiment administratives, en termes d'absence, exemple, je comprends que ce ne pas simple à gérer, clairement. Moi je ne pas comment c'est d'être CEO, mais je sais qu'on reçoit les annonces de cours de répétition quand même souvent à l'avance. Et je me dis, il a sûrement une possibilité d'organisation qui certes demanderait des efforts, mais que dans un monde où beaucoup plus de monde serait attrait au service citoyen, on aurait forcément plus d'absence, et donc il faudrait nécessairement réfléchir à une manière de parer à ces absences.
Matthieu: Maintenant, le colonel retraité.
Catalina: Celui qui compte la présence des femmes dans l'armée. Exact. Qu'est-ce que je lui dirais moi pour redevoter oui ? Je pense avec les anciens militaires, on peut peut-être leur rappeler comment c'était quand eux ils étaient au service militaire et qu'il y avait beaucoup plus de monde qu'il y était. Parce qu'aujourd'hui les effectifs ils ont baissé. je leur dirais que ce serait un moyen de revenir à des effectifs beaucoup plus réalistes et puis avec une place pour presque tout le monde finalement. Aujourd'hui ça fait pas de sens que l'on ait... je sais plus c'est de quoi la proportion mais on n'est pas loin d'une seule personne sur dix qui fait soit du service militaire soit du service civil, l'agent club, un peu tout. C'est vraiment pas beaucoup. là-dessus, je sais plus maintenant les chiffres, il a 30 ou 40 ans, mais je sais qu'ils étaient beaucoup plus élevés, les effectifs. Là-dessus, moi je pense que voilà, je dirais que ce serait une manière de revenir à des effectifs qui sont beaucoup plus réalistes.
Matthieu: Et maintenant, pour finir, une féministe militante. Elle trouve que de toute façon, l'égalité n'est pas encore atteinte, alors pourquoi imposer une obligation aux femmes ?
Catalina: Ça me rappelle une personne du GSSA qui avait dit une fois à la télévision, enfin, elle avait pas dit dans ses termes, mais qui en gros avait fait comprendre que l'armée c'était un milieu toxique et que de toute manière il fallait pas y faire venir des femmes. En gros c'était un peu ça l'idée et que évidemment il y avait aussi tous les arguments contre l'armée. Je pense que l'avantage d'un service citoyen c'est que tout monde peut apporter sa contribution en fonction de ses moyens et de qui il ou elle est. spécifiquement pour une militante féministe qui viendrait peut-être jouer sur une discrimination à l'embauche, exemple, liée au cumul de l'obligation de servir et de la maternité, exemple, je dirais que ce sera peut-être l'occasion de faire levier, le sens où, par exemple, pendant la Seconde Guerre mondiale, on sait que c'est les femmes qui ont repris toutes les tâches, en fait, qui étaient… comme on dit, étaient attribués aux hommes initialement et ensuite ça leur a permis d'en faire un argument pour revendiquer davantage de droits, notamment le droit de vote dans certains pays. Je me dis avec une société où presque tout monde fait la même chose et où normalement presque tout monde devrait tirer à la même corde, ça sera plus du tout entendable certaines discriminations. Alors là je me dis peut-être on aura un levier en fait, ça pourrait se transformer en une bonne opportunité.
Matthieu: considérés le féministe.
Catalina: Oui, mais je crois que mon profil est trop « bizarre » pour les franges les plus à gauche, serais considérée comme trop conservatrice, notamment parce que je suis pour l'armée. Et je crois que chez ceux à droite, j'ai une sensibilité quand même très à gauche, et ça leur convient pas non plus. voilà, je crois que j'ai un profil hybride qui, peu importe la tranche de féministe, ça convient jamais. Mais c'est pas grave.
Matthieu: Bon, merci beaucoup.
Catalina: plaisir.
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