Femmes, armée et entreprise – l’efficacité vient de la mixité. Avec Caroline Gueissaz

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Matthieu: Caroline es peut-être la seule femme en Suisse qui peut dire j'ai commandé les troupes et dirigé des entreprises. C'est quoi la différence, la similarité ?

Caroline Gueissaz: Oui, alors tout est en proportion. Mais pour moi, l'engagement de l'armée, ça a été très positif. Dans le sens que ça s'est très bien passé. On était une section de femmes dans une compagnie d'hommes. Et en fait, je crois que c'était gagnant-gagnant. Les hommes étaient plus motivés et nous en on avait l'impression d'être utile, donc c'était très bien. Maintenant, la différence avec le monde des affaires, c'est vrai que j'ai souvent été la seule femme autour de la table et donc c'est aussi un peu le reflet de ce qui s'est passé dans l'armée. En Suisse, on a encore beaucoup à faire pour que les femmes soient vraiment à égalité et dans le monde des affaires et dans l'armée.

Matthieu: y avait plus de temps qu'on passait à l'armée, il y avait plus de jours service surtout en tant que capitaine. étais chez IBM, Roland Berger, business angels Switzerland. Comment est-ce que tu as réussi à gérer les deux mondes ?

Caroline Gueissaz: Alors quand j'ai fait de l'armée, d'abord je l'ai fait au moment où c'était le service féminin de l'armée, donc on ne faisait pas des durées aussi. Donc j'ai fait 360 jours de service en tout. Mais c'était à l'époque extrêmement bien vu par mon employeur, donc mes employeurs. Et donc pour moi, j'avoue que j'ai pas eu d'inconvénients si ce n'est que par exemple chez IBM on ne diminuait pas mon quota de sales rep donc de ventes, mes objectifs n'étaient pas diminués sous prétexte que j'avais six semaines de moins pour les atteindre donc voilà c'était bien vu mais on n'avait pas non plus de cadeau.

Matthieu: À l'époque, les femmes officiées capitaines se comptaient quand même sur les doigt d'une main. Qu'est-ce qui t'a motivé de continuer jusqu'au grade de capitaine ?

Caroline Gueissaz: Alors en fait, moi j'aimais bien et comme je l'ai dit avant, le cadre de mon travail, me permettait de rencontrer d'autres gens. Jamais j'aurais été dans la même chambre avec une caissière de la COP Et en plus, bien, on s'est changé. Moi, je leur passais mes notes des théories et puis elle m'aidait quand je peinais un peu pour nettoyer mes souliers où j'avais oublié mon canif pour une inspection. ça a été des expériences pour moi extrêmement positives parce que plus j'avançais, plus je me retrouvais dans un cercle restreint de gens Et puis là je me retrouvais dans le bain avec des gens où on avait une bonne camaraderie même si on avait des chemins de vie très différents.

Matthieu: Tu négociais des deals &A aussi chez Hollenberger, tu de la vente chez IBM. Tes interlocuteurs savaient que tu étais capitaine de l'armée, ça changeait quelque chose ?

Caroline Gueissaz: Non, non. Donc ça, c'est vraiment une chose que je ne disais pas, que je n'ai pas mise sur mon profil. parce qu'en tant que femme, alors il semble que peut-être ça change un peu maintenant, mais à l'époque, c'est clair que ça aurait été très, très mal compris parce que moi, ne pas une militariste du tout. Donc moi, je l'ai fait parce que je voulais... que regarder mon employé droit dans les yeux et lui dire, n'y a pas de raison que tu me payes moins que mon collègue. J'ai fait mon service comme lui. c'était ça ma motivation, aussi une motivation par rapport aux collègues d'avoir un peu les mêmes expériences, de pouvoir partager certaines plaisanteries, etc. Mais à part ça, sincèrement... Je gardais ça sous le boisson et je je ne rétarguais pas du tout de faire du service militaire. Non, non,

Matthieu: dans ta vie professionnelle, est-ce que tu as l'impression que les choses que tu as apprises pendant le service t'ont aidé en dehors du fait que ton employeur pensait que tu étais égal aux hommes ?

Caroline Gueissaz: Alors pour moi, il y avait d'abord le suisse allemand parce que j'ai fait tout mon service en suisse allemand et donc c'était une bonne occasion d'entraîner ma deuxième langue. puis j'ai appris des choses intéressantes. Donc moi j'étais dans le système Florida et puis on avait dans ces années lointaines déjà un trackball qui correspondait à la souris alors que dans le privé il n'y avait absolument pas ça. Donc moi qui étais dans l'informatique... je touchais un petit peu ce qui à l'époque dans l'armée était en avance par rapport au privé et ça, m'a aussi apporté de me rendre compte. Puis ensuite, j'ai découvert le monde de l'aviation qui pour moi était complètement nouveau et d'être assis dans la salle des commandes où les voisins étaient en train de... de diriger des tigres qui étaient en train de jouer au combat, c'était intéressant, très très intéressant.

Matthieu: Est-ce que tu as l'impression que ça t'a aidé en termes d'expérience de commandement?

Caroline Gueissaz: Alors sûrement, parce que c'est vrai qu'en sortant du poli, j'étais très handicapée par rapport travailler avec d'autres gens et surtout des gens qui devaient faire des choses qui dépendaient un peu de moi. Et ça, m'a appris à respecter les autres. et se rendre compte que chacun a un peu une manière différente de réagir et donc qu'il faut aussi considérer chacun différemment.

Matthieu: Dans les années 80, une femme capitaine qui donne des ordres à des hommes, comment ça se vit ?

Caroline Gueissaz: J'ai pas eu beaucoup ça parce qu'on était une section de femmes puis il faut quand même avouer que dans les bunkers de l'aviation c'était assez civile comme relation. D'autant plus civile qu'on était là et qu'il y avait des femmes et donc il n'y avait pas trop de dérives et... Voilà, mais on faisait notre école de section et puis on le faisait avec bon cœur.

Matthieu: Je vais te poser quelques questions des opposants et on verra ce que tu réponds. Ici, j'imagine que tu parles à un bon vieux militaire qui est plutôt critique à ce qu'on est en train de faire. Avec respect, vous qui avez servi dans l'armée, êtes sérieuse, maintenant vous voulez la transformer en garderie mixte. C'est trahir notre institution.

Caroline Gueissaz: Alors peut-être c'est l'institution que vous défendez, mais ce n'est pas celle que je défends. Pour moi, notre institution, elle sera beaucoup plus forte si elle est composée de tous les composants de notre société. Et actuellement, a été prouvé que les commandements mixtes étaient plus efficaces que les commandements que de femmes ou que d'hommes. Et donc, je plaiderai toujours pour que même dans l'armée, il y a une parité qui garantisse l'efficacité et les bons résultats à la fin.

Matthieu: Mais bon capitaine, savez comme moi qu'une section féminine ralentit tout le bataillon. Ce n'est pas du sexisme, c'est la réalité du terrain.

Caroline Gueissaz: Alors, si on ne se base que sur les performances physiques, jamais je ne défendrai le fait que les femmes font plus que les hommes. Mais est-ce que ça l'armée d'aujourd'hui ? Est-ce que ce n'est pas l'intelligence, la créativité et puis aussi des tas de postes extrêmement techniques ? Et actuellement, je pense que pour... diriger des drones ou même développer les prochains drones, n'y a pas besoin forcément d'être un homme. Mais c'est clair que à la course aux 100 mètres, les hommes seront plus forts et pour porter des sacs de 25 kg aussi. chacun a des compétences différentes et c'est justement ça qu'apporteront les femmes, c'est qu'elles vont élargir largement le spectre des compétences. Les femmes sont plus capables dans certains domaines, comme par exemple des tâches très répétitives. On le voit très bien dans l'industrie, il y a des domaines où on trouve que des femmes par hasard. Et ça pour l'instant l'armée, sans prive.

Matthieu: Maintenant, besoins de l'armée finalement sont couverts aujourd'hui. a déjà tous les effectifs qu'il faut avec uniquement les hommes astreints. Pourquoi est-ce que maintenant il faudrait astreindre les femmes aussi, elles peuvent déjà participer.

Caroline Gueissaz: Alors, permettez-moi une petite critique. Ceux qui disent que dans l'armée tout va très bien aujourd'hui, je crois qu'ils ne voient pas la réalité en face. Et si je me permets de défendre le fait qu'avec des femmes ça irait peut-être mieux, parce que dans la masse de problèmes que représente rencontre l'armée actuellement, on voit qu'il y a beaucoup de gens qui étaient avec le nez trop près du guidon et qui n'ont pas vu qu'on passait à côté de tas d'enjeux. Et on dit qu'il y a assez de monde dans l'armée aujourd'hui, mais demain, lorsque l'initiative Service citoyen aura été acceptée, bien... on va peut-être avoir besoin de plus de monde et là on sera rudement contents d'avoir un choix doublé de recruts potentiels.

Matthieu: Comme vous avez dit juste avant, l'armée a surtout besoin de recrues spécialistes en cyber. C'est une armée moderne qui finalement se base plus sur la technologie que les muscles. Pourquoi maintenant diluer la qualité avec la quantité ?

Caroline Gueissaz: Alors ça, diluer la qualité avec la quantité en rajoutant les femmes, c'est une affirmation que je me permettrai de contrer vraiment profondément. Actuellement, il y a plus de 50 % des étudiants qui sont des femmes. Alors quand on dit que les femmes n'apporteront pas des compétences, le niveau d'éducation des femmes actuellement est extrêmement élevé et la seule chose c'est qu'on n'en profite pas parce que trop de femmes sont obligées de rester à la maison pour faire le déjeuner de leurs enfants alors qu'elles ont fait de magnifiques études que ce soit d'ingénieurs, de médecins, de juristes, d'économistes on va augmenter la qualité et on va augmenter le choix parce qu'il y aura beaucoup moins de gens qui vont être obligés de servir parce qu'on ne va prendre que ce dont on a besoin et s'il a deux fois plus d'appelés, il y aura plus de gens qui seront volontaires.

Matthieu: Parlons maintenant un petit peu de l'économie. En tant que capitaine et business angel, combien coûte former un soldat et qu'est-ce que ça rapporte à l'économie ?

Caroline Gueissaz: Alors, écoutez, le coût de la formation d'un soldat en Suisse, je qu'il n'est pas plus élevé qu'ailleurs, que ce soit un soldat ou une soldate. Maintenant, la Suisse défense 0,6 % de son PIB pour l'armée. Le minimum dans le temps, c'est 2%, donc plus de trois fois plus. Je pense qu'il est grand temps que... On regarde avec d'autres yeux le budget de l'armée et la question du coût du service citoyen, elle ne se pose absolument pas dans le cadre de l'armée.

Matthieu: Chez le CERV, l'assurance export, tu as dossiers d'entreprises, est-ce que tu as l'impression que les entreprises d'ex-militaires performent mieux ?

Caroline Gueissaz: Je ne pas qu'on puisse alors d'aujourd'hui considérer que l'armée est la seule bonne école, mais c'est une bonne école. D'ailleurs, y a énormément de CEOs d'entreprises qui ne sont pas suisses. Et peut-être que c'est parce qu'il a moins de formations dans l'armée qu'à l'époque, mais proportionnellement. Mais non, je ne pense pas qu'on puisse faire une différence vraiment.

Matthieu: en tant que personne qui soutient plutôt le PLR, le PLR a voté contre, surtout sur base des arguments économiques. Pourquoi est-ce que toi, tu trouves qu'il faudrait quand même voter pour le service citoyen ?

Caroline Gueissaz: Alors le calcul du coût de ce service citoyen, pour moi, il a été fait par des gens qui étaient contre ce service pour trouver des arguments. Pourquoi ? Dans l'armée, ce soit des femmes ou des hommes, ça va coûter la même chose. La protection civile, va falloir la renforcer, ça va coûter, mais qu'il des hommes ou des femmes ou que des hommes, ça ne changera rien du tout. Et ensuite, le service civil, il a été créé pour remplacer la prison que devaient faire les objecteurs de conscience. Mais je pense que dans le cadre de la mise en place du service citoyen, il faudra repenser complètement le côté financier du service civil. Il n'y a pas de raison qu'un EMS ou une entreprise qui emploie des civilistes ne puissent pas leur payer 1500 francs par mois. Donc il y a une partie, en tout cas du service civil, qui devrait être autoporteur. Donc tous ces chiffres qui ont été lancés en disant que ça va coûter très très cher. Dans le cadre de l'armée, le Parlement vient de 4 milliards de plus. Donc ces fonds-là, sont déjà à disposition. Mais dans le cadre du service civil, il y a une grande réflexion à faire pour que... une partie des civilistes soit rémunérée par les entreprises qui les emploient, même au tarif de la caisse de compensation. Donc pas que ça fasse de la concurrence à d'autres. Mais je pense qu'il n'y a qu'à voir le succès qu'ont les civilistes dans les entreprises, on se les arrache. Et puis, a un grand argument qui est lancé par les opposants qui disent qu'on va faire que les gens, au lieu de travailler là où ils sont compétents, ils vont travailler là où ils ne pas compétents. Alors, à ça, dirais qu'à 18 ans, aujourd'hui, disons 18 ans, c'est l'âge moyen pour le début d'un apprentissage. 18 ans, c'est l'âge même un peu avancé pour avoir une maturité fédérale. Donc à cet âge-là, je peux quand même affirmer que les gens ne sont pas encore très spécialistes et que le déficit pour l'économie ne sera pas énorme si ces gens vont apprendre le savoir-être. et des tas de compétences techniques qui pourront utiliser ou pas, mais qui leur permettront peut-être de ne pas perdre une année en se trompant de carrière et en allant pendant une année faire des études qui ne seront pas les bonnes pour eux ou débuter un apprentissage alors qu'ils ne sont absolument pas mûrs pour faire l'apprentissage qu'ils avaient décidé de faire.

Matthieu: Roland Berger facture 5000 francs par jour pour du conseil en leadership, l'armée le fait gratuitement, pourquoi les entreprises ne voient pas la valeur ?

Caroline Gueissaz: Alors il faut aussi voir que ces cinq ou trois dernières années, le monde a complètement changé. les entreprises qui ne voient pas l'intérêt des gens qui ont été formés dans l'armée, ça, ça date d'il a trois, quatre, cinq ans. Aujourd'hui, les entreprises voient à quel point tout est lié. Les guerres, la politique Et je pense que d'avoir en leur sein des gens qui ont des réseaux dans les différents domaines va reprendre beaucoup de valeurs que c'est vrai, avaient été perdues ces 20 dernières années parce qu'on a vécu une période extraordinairement sereine où les valeurs étaient partagées, où les institutions étaient respectées, etc. Mais maintenant on doit apprendre à être plus flexible, plus ouvert et je pense que les femmes apporteront beaucoup dans ce domaine-là.

Matthieu: Le service citoyen est aussi critiqué beaucoup par les opposantes féministes. Par exemple, voix anti-militariste dirait que vous incarnez exactement le problème. Les femmes qui réussissent en adoptant des codes masculins militaristes, ce pas l'égalité, c'est la soumission.

Caroline Gueissaz: Alors j'ai récolté beaucoup de signatures auprès et souvent j'ai eu des refus auprès de femmes de mon âge qui m'ont dit on a déjà trop donné. Et pour moi on vit dans un cercle où c'est vrai que les femmes font plus de travail à la maison et en plus elles sont moins bien payées. Mais ce que je leur ai dit, c'est qu'un jour il faut casser ce cercle vicieux et que tant que les femmes seront considérées comme des valeurs négligeables à 18 ans quand arrive le recrutement, bien elles continueront à être moins payées et leur mari leur diront écoute tu t'occupes des enfants pendant que moi je vais à l'armée. Et ça, ça ne sera pas... de le changer que lorsqu'on aura changé ce service cieux et qu'on aura permis aux femmes d'être considérées à égalité à 18 ans et donc que ça viendra pour l'assise.

Matthieu: Maintenant une femme qui travaille et qui a plusieurs enfants, on vous dira, vous avez une carrière militaire et professionnelle, mais sans avoir d'enfants. Moi, avec trois enfants, le modèle du service citoyen est irréaliste pour 90 % des femmes.

Caroline Gueissaz: Alors je demanderais à cette femme quand est-ce qu'elle a eu ses enfants. Actuellement les femmes ont leur premier enfant à 31 ans en moyenne. Le service citoyen ça s'adresse à des hommes et des femmes de 18 ans. On peut repousser mais même si on repousse d'un an ou deux ou trois, on reste bien avant la période où la question des enfants se pose. Et c'est pour ça que c'est très sournois. Pourquoi il pas de cantine ? Pourquoi les femmes sont moins bien payées ? Pourquoi est-ce que 75 % du travail à la maison est fait par les femmes ? Ça a été déclenché à 18 ans quand on a dit aux femmes, rentre à la maison et aux hommes, va à ton recrutement. Ça, c'est vraiment quelque chose de tellement important qui est ancré dans notre société. Et donc à cette femme qui a trois enfants, je lui dis, ben oui, tu vis aujourd'hui dans une situation où on a considéré ton mari comme étant celui qui allait défendre la patrie. Et donc, par logique, on considère que c'est toi qui dois t'occuper des enfants.

Matthieu: Et qu'est-ce vous dites à une jeune entreprenneuse qui travaille en tant que freelance, qui n'a zéro sécurité, pour qui six mois d'absence, c'est la faillite ?

Caroline Gueissaz: Je vais lui dire que quand on est jeune entrepreneur, le réseau c'est tout. Et donc, si elle considère ces six mois d'absence comme la possibilité de se créer un nouveau réseau de gens qui vont avoir confiance en elle, qui vont compter sur elle, elle va pouvoir considérer ces six mois comme du marketing payé. J'exagère légèrement, mais il faut... avoir cette attitude de dire je peux apprendre des choses utiles, toutes en remplissant mes obligations. D'ailleurs aujourd'hui, c'est le cas de tous les jeunes hommes qui sont indépendants et qui se lancent et qui eux doivent aussi servir six mois ou même 18 mois s'ils sont au service civil.

Matthieu: Est-ce que le service citoyen n'est pas une perpétuation du mythe que les femmes doivent prouver quelque chose par la force ? Est-ce que ce pas anti-feministe ?

Caroline Gueissaz: Alors je crois qu'on prouve rien en allant que ce soit à l'armée ou à la protection civile ou à faire du service civil. Donc pour moi cette notion, est dépassée. On se prouve peut-être à soi-même quelque chose, mais ça, permet de grandir, de se renforcer, de connaître ses limites, etc. Mais pas avoir la société rien du tout. Donc en revanche, ça permet de grandir soi-même et dans un environnement inhabituel, dans des conditions inhabituelles et ça c'est extrêmement riche.

Matthieu: Imaginez-vous la vision stratégique de la Suisse en 2030 ? La Suisse face à la Russie, à l'OTAN, à la Chine, au climat, à la migration, une armée de 100 000 personnes suffit ?

Caroline Gueissaz: Non, je pense qu'on a diminué quand j'étais dans l'armée, il y avait 450 000 personnes mobilisables. Aujourd'hui on est à cent et quelques mille et on voit très bien que la situation actuelle est le résultat de ces années de paix relative, enfin pour la Suisse de paix énorme. les menaces auxquelles on est confronté, auxquelles on va être confronté et surtout si on a envie de se défendre nous-mêmes. Il faut qu'on mette la vitesse supérieure et je pense que l'initiative service citoyen est un moyen vraiment parfait qui arrive exactement au bon moment pour permettre à la Suisse de mettre la vitesse supérieure.

Matthieu: Jusqu'à maintenant, on était en temps de relative paix. Maintenant, on parle de guerre hybride, cyber, des informations, la guerre en Europe, au Moyen-Orient, Le service citoyen répond mieux que l'armée traditionnelle qu'on a jusqu'à maintenant.

Caroline Gueissaz: Alors disons, il n'y a pas seulement le service citoyen qui va permettre de mieux répondre, il a une prise de conscience générale de la population, des instances politiques et de l'armée que les choses ont changé et qu'il va falloir changer beaucoup de modèles, être plus créatif et c'est vrai que pour la Suisse c'est un immense challenge parce que on a des institutions extrêmement lentes, extrêmement solides, mais extrêmement lentes. Actuellement, les changements viennent très vite et qu'on va devoir réagir extrêmement fort et rapidement. Mais je pense que le service citoyen est peut-être l'immense chance qui est venue d'un groupe de deux citoyens. qui n'est pas venue de la politique politicienne et qui est soutenu par la population pour aider l'armée à se transformer et à être plus à même de répondre aux défis d'aujourd'hui.

Matthieu: Si les femmes rentrent aussi dans une obligation de servir, peut-être le service citoyen, est-ce qu'elles devraient être considérées en même chose en termes de jours de service ? Est-ce qu'elles devraient aussi en tant que lieutenant faire 600 jours de service ?

Caroline Gueissaz: Oui, Moi, pense que d'ailleurs aujourd'hui dans l'armée, les femmes font exactement le même nombre de jours de service que les hommes. Donc là, pense que ce qu'on pourrait probablement remettre en question, c'est d'abord le fait que le service long pourrait devenir un peu plus la norme, parce que c'est vrai que les cours de répétition sont un pour l'industrie actuellement, comme elle fonctionne. Et puis la deuxième chose, c'est que par définition, le service civil ne devra plus être une preuve par l'acte de 18 mois au lieu d'une année, et donc il sera aussi moins cher, et donc on pourrait diminuer ça. Donc je pense que c'est l'occasion de revoir tous ces services. en fonction de l'environnement actuel et des besoins.

Matthieu: Beaucoup des femmes de ta génération se sont battues contre la militarisation. Est-ce que cette initiative les trahit ?

Caroline Gueissaz: Alors moi je pense qu'en effet les gens qui sont contre toute obligation, les gens qui sont contre l'armée, j'ai d'ailleurs eu un débat avec une personne qui est du GSSA, et bien pour ces gens là c'est clair que l'initiative Servis citoyens qui n'est pas du tout une initiative révolutionnaire, ce qu'on veut c'est renforcer la Suisse, c'est la rendre plus sûre et donc par rapport à des gens qui veulent qu'on ait plus l'armée et que les citoyens n'aient plus aucune obligation, bien nous sommes vraiment opposés. ça, je veux dire, ça, ce sont des vraies oppositions. Les autres, j'ai plus de paine.

Matthieu: Beaucoup des femmes de ta génération ont éduqué leurs filles pour être libres et maintenant on devrait les obliger à marcher au pas.

Caroline Gueissaz: Pour moi, c'est une liberté. C'est une liberté augmentée que d'être considérée à égalité des hommes à 18 ans, que ce soit pour les devoirs ou pour les droits. Mais les droits ne vont pas sans les devoirs. Pour moi, ce serait vraiment un immense pas vers la liberté. Parce que je ressens ce côté paternaliste des hommes qui ont fait l'armée. et qui regardent les femmes du haut de leur expérience militaire comme une limitation de la liberté des femmes. et une bonne excuse pour les payer moins et leur fermer les portes dans certains domaines.

Matthieu: Chez Business Angels, as vu 360 projets par an, ça fait beaucoup de personnes. Est-ce que tu vois une différence entre les fondateurs qui ont fait l'armée et qui n'ont pas fait l'armée ?

Caroline Gueissaz: Alors je peux pas dire parce que c'est pas marqué sur leur front et qu'ils ne le disent pas. Donc, oui, ça, c'est une réponse à une question à laquelle je peux pas répondre. Il y a de plus en plus de femmes entrepreneurs et c'était une hyper rareté. Ça continue à être très, très petit pourcentage. donc de 10-15 % surtout auprès des startups qui sont financés et ça, dis que c'est une des conséquences de l'absence de réseau et donc de l'absence de services militaires en Suisse.

Matthieu: Est-ce que le service militaire n'est pas un frein aussi pour les entrepreneurs, surtout s'ils elles ou ils doivent prendre un mois par année pour aller faire un cours de répétition ?

Caroline Gueissaz: Alors de nouveau, je prône le service long, donc il n'y a plus ces cours de répétition. Et lorsque ils sont encore là, c'est vrai que c'est au début de la carrière, donc quelquefois juste au moment où on lance son entreprise. Et c'est un handicap sérieux parce qu'une startup se passait pendant un mois de son CEO. c'est un grand risque. il y a des tas d'autres risques et la start-up qui a réussi à survivre à l'absence d'un mois de son CEO, elle en sort beaucoup renforcée puisque on a pu tester le remplacement et etc. Et j'espère que parfois pendant les cours de répétition on peut quand même répondre à un mais loin d'autre.

Matthieu: question tac au tac. Convainc en 30 secondes un conseil d'administration et un état-major.

Caroline Gueissaz: Alors, vous savez en tant que conseil d'administration combien il est hyper important d'avoir une représentation équilibrée, tant en compétence qu'en provenance, qu'en âge pour être efficace. Donc moi, pense que les conseils d'administration en Suisse sont un excellent exemple de ce que l'armée devrait faire. Les conseils d'administration sont en avance sur sur l'armée aujourd'hui et elles l'ont fait parce qu'elles ont bien vu à quel point une équipe mixte était plus efficace, voyait les problèmes, anticipait les problèmes mieux qu'une équipe de personnes non seulement toutes du même sexe mais tous un peu du même milieu.

Matthieu: Si tu devais commander un bataillon mixte ou un bataillon d'hommes, quel serait ton premier choix ?

Caroline Gueissaz: Pour moi, n'y a pas de doute. Je dis pas qu'il moins de problèmes, mais je dis que c'est beaucoup plus efficace. Donc si on arrive à créer un bataillon mixte, il sera beaucoup plus efficace en mettant chacun selon ses compétences. On ne pas mettre les femmes pour courir plus vite, elles courent moins vite. Mais il n'y a pas que besoin de courir. Si on arrive à mettre chacun à sa bonne place, les gens seront beaucoup plus efficaces, enfin le groupe sera plus efficace qu'un groupe uniquement masculin.

Matthieu: On a 48 % des électeurs qui sont pour, potentiellement selon les sondages, 46 % qui seraient contre, et il reste quand même un gros bout d'indécis. Imagine toi, es trois jours avant la votation, qu'est-ce que tu veux leur dire à ces indécis ?

Caroline Gueissaz: Alors, soit vous considérez que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes en Suisse, mais si vous avez la moindre impression qu'il faut changer quelque chose, et en particulier que notre système de recrutement, que l'armée comme elle est organisée aujourd'hui, que le service civil est actuellement défaillant parce qu'il n'est fait que de gens qui ont... loupé enfin qui a été considéré comme inapte, et bien votez pour le service citoyen. C'est votre chance.

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